Et puis il y a…

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Même si on reste abasourdis, même s’il y a encore la peur au ventre, au moindre bruit, un rideau de fer qui claque, une voiture qui passe un peu trop vite, les ambulances, même si on prend le métro à reculons, même si on éprouve encore le besoin quand on se voit de se raconter, où j’étais, je connais un gars qui… même si les larmes sont encore là, au coin de l’oeil, prêtes à ressurgir au moindre moment, même si on ne veut pas, on n’arrive pas à travailler. Même si on oublie quelques instants, parfois même pendant une heure, mais que revient le moment où ça frappe en plein coeur, et on se demande toujours si c’est un cauchemar éveillé.

Même si tout ça, il y a le reste…

Il y a ces petites lumières virevoltantes qui brillent quoiqu’il arrive sur cette place, matin et soir quand je prends le métro pour aller à l’école, et ceux qui sont là pour se recueillir, comme autant de promesses qu’on n’oublie pas ceux qui sont morts, et qui gonflent mon coeur de peine

Il y a ces mots qui ont résonné en moi, de lui, lui que j’essaie de rayer de ma vie, et puis finalement « je suis content que tu ailles bien ». Cela ne change pas grand chose, mais en recevant ses messages affolés vendredi car je ne répondais pas, je me suis dit que dans cette histoire, ma colère et ma haine sont parties sans faire de bruit. Pourquoi s’attarder sur ces sentiments qui n’apportent rien, rien que de la douleur. La tristesse est encore là, maintenant peut-être plus forte, parce que ces tristes événements ravivent un peu les plaies passées, mais cela finira bien par s’apaiser et passer.

Il y a une soirée douce, des bougies, des gateaux au chocolat, des plaids et surtout des amis, et cela faisait si longtemps qu’un samedi soir n’avait pas été si doudou

Il y  a cette femme qui rit aux éclats place de la République quand tu rentres chez toi, c’est si beau, ce rire cristallin, et tu comprends pourquoi St Exupéry parlait de grelots car oui, on dirait bien des grelots qui retombent en cascade sur nos cœurs meurtris quand un fou rire résonne dans la nuit noire

Il y a vendredi soir, une semaine plus tard, et dans ma petite rue piétonne, les canapés des bars sont sortis comme d’habitude, et passer entre les gens affalés avec leur verre à la main, comme ils l’ont toujours fait, ne m’a jamais été si doux, et en même temps si douloureux

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Surtout, Il y a le soleil qui revient, qui chantonne « viens te balader dans Paris comme tu aimes tant le faire, car elle est née pour ça, pour t’ouvrir ses bras, pour que tu te loves dans ses méandres dans les rayons du soleil couchant »

Il y a la lune qui te fait signe, « viens parcourir Paris », car elle est née pour ça, pour que la traverses à l’arrière d’un deux-roues, le vent glace les joues, mais fait aussi respirer plus fort, quand tu te serres contre son manteau en laine pour te réchauffer, et que tu salues du bout des lèvres et de tes doigts engourdis l’Opéra, la Concorde, Notre Dame tous illuminés et qui semblent répondre à ton sourire, car ils savent que les mots d’amour dits à ce moment, même s’ils sont emportés dans la Seine noire et miroitante ont une saveur incomparable, une saveur irremplaçable.

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 Il y a Paris, qui est toujours si belle, il y a les regards des gens, ces airs bravaches quand ils disent « Je suis en terrasse », les mots qui coulent à flots de partout, et leurs sourires, meurtris, oui, mais ce sont tout de même des sourires, il y a la Tour Eiffel revêtue de son habit de fête, et puis pourquoi on n’y avait jamais pensé avant, de l’habiller de la sorte ? Il y a les gens qui achètent Paris est une fête, et j’espère qu’ils liront Hemingway, il y a le saucisson, et le chocolat, parce que manger est la première des consolations, il y a ces mots en latin, qu’on aime à répéter, elle tangue, oui, elle vacille, peut-être, mais non, elle ne coule pas. Il y a aussi et surtout les je t’aime, parce que c’est tout ce qui compte.

Il y a les dessins d’enfants, et Louis qui m’explique que ça, c’est une bombe atomique, mais elle ne tombe pas dans le jardin, parce que l’arc-en-ciel le protège, et à ce moment-là, même si tu ne sais pas de quoi demain sera fait, même si tu as peur de voir ces enfants grandir dans un monde pareil, il y a ce dessin que tu vas accrocher dans la classe parce qu’il contient ce qu’il y a de plus précieux sur terre, que tu vas accrocher et regarder quand tu leur diras, les valeurs, la liberté chérie, la fraternité sacrée, l’amour pour cette ville et ce pays qui sont les leurs, l’importance qu’ils joueront pour les conserver car elles sont si fragiles et si précieuses, tu le contempleras, ce dessin, quand tu leur diras, que ce sera à eux de jouer ce rôle, de réussir là où nous échouons et échouerons peut-être.

Tu le regarderas, ce dessin, et tu te répéteras que oui, il y a de l’espoir.

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7 réflexions sur “Et puis il y a…

  1. c’est un beau message. Ici, en Province, on a aussi du mal à rebondir parce que cela s’est produit à Paris mais nous a touché, aurait pu nous atteindre aussi, parce que de toutes façons on se sent atteint. J’ai très peur de la suite, comme tu le dis de ce que nous laissons à nos enfants, mais aussi peur que les gens oublient trop vite.

  2. Un beau billet et un message où l’espoir tremble un peu mais c’est lui qui nous permet de continuer dans les pires moments de notre vie. Paris est majoritairement peuplée de provinciaux ! C’est pour ça aussi que toute la France a été touchée… Bises à toi !😆🎈🎀🎈

  3. Il y a de la tristesse dans ce billet, mais aussi de la tendresse et de la douceur, en tout cas tu décris tout cela très joliemment. Très lentement, sans faire de geste brusque on se relève et on regarde à nouveau les belles choses. Je te souhaite un doux mois de décembre et de quiétude, je t’embrasse très fort Touloulou

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