To crave (v.) = désirer ardemment

Je n’avais a priori aucune affinité particulière avec l’anglais. Il est vrai que j’ai tout de suite été une littéraire, l’apprentissage de la lecture fut la plus belle chose dont je me souvienne à l’école et les sciences m’intéressaient moins. Pourtant, je n’étais pas très bonne en anglais jusqu’à ce qu’un déclic se fasse à la fin du collège. J’ai ensuite eu la chance de faire ma scolarité au lycée en section internationale et j’ai aimé me plonger dans cette langue, dite « étrangère » comme c’était indiqué sur les bulletins ; peu à peu, elle s’est muée en une langue familière, que j’utilisais maladroitement, mais avec passion, comme on rentre dans un univers et qu’on se rend compte un jour qu’il est presque comme une deuxième maison.

Après cela, j’ai surtout amélioré mon vocabulaire, en passant notamment par la lecture (qui revient une fois de plus !). Je me souviens avoir chéri ces mots, qui me permettaient de vibrer aux côtés des héros de mes romans. Comme beaucoup de gens, j’ai ouvert mon premier livre en anglais grâce à Harry Potter, quand le cinquième tome est sorti pendant l’été entre le collège et le lycée et que je ne pouvais plus attendre la sortie en traduction française. Plus tard, j’ai appris à aimer les mots pour eux-mêmes plus que parce qu’ils étaient les moyens de découvrir des histoires… J’ai aussi découvert que certains mots et expressions n’ont pas d’équivalent en français et reflètent mieux ce que l’on veut exprimer…

Ca fait très snob de parler en glissant de ci, de là des expressions anglaises, je le sais, et pourtant je ne peux m’en empêcher, car ces mots ont une signification particulière, qu’une longue périphrase ne pourra remplacer. J’ai le souvenir d’avoir lu et relu jusqu’à plus soif des phrases de Shakespeare pour m’imprégner de leur beauté.

Oh, she doth teach the torches to burn bright!
It seems she hangs upon the cheek of night
Like a rich jewel in an Ethiope’s ear,
[…]

Did my heart love till now? Forswear it, sight!
For I ne’er saw true beauty till this night.

Cet après-midi, je savourais un repos dans mon salon en pianotant avec une tasse de thé, quand j’ai entendu les mélodies qu’un voisin jouait sur son piano. C’est alors que j’ai repensé à ce mot, qui reflétait ce que provoquait en moi cette musique.

To crave, on peut le traduire par désirer ardemment quelque chose, mais il y a aussi dans le mot une idée, au delà du simple désir, de besoin de cette chose qui nous manque. Même si j’appréciais d’entendre la musique que m’offrait ce voisin mystérieux, j’ai soudain ressenti une profonde mélancolie. Parce que, pour des raisons pratiques, j’ai abandonné mon piano chez mes parents quand je suis partie, alors que cela faisait dix ans que j’en jouais. Pendant plusieurs années, ça ne m’a rien fait, et ma vie était si occupée, que cela ne me manquait pas.La première fois que j’ai ressenti ce manque, c’était si fort que c’en était presque douloureux.

source

Je pourrais pourtant me remettre à la musique : le barbu étant musicien, j’ai des guitares, un ukulélé, une flute de pan et autres divers instruments à ma disposition. Mais je sais que ce n’est pas pareil ; il y a une magie qui s’opère quand je retrouve mon piano. J’aime tant le rituel qui précède : m’installer sur le tabouret en le réglant pour être à la bonne distance, soulever le cadre dont le bois craque doucement, installer la partition et caresser doucement les touches avant d’oser jouer. Quand je n’ai pas joué depuis longtemps, je recommence toujours par ce morceau de Yann Tiersen, le seul que je n’ai jamais oublié :

Puis je me laisse porter par la musique, et plus rien d’autre n’existe.

Je me souviens, quand j’étais ado et que je vivais chaque instant avec une intensité sans limites, que je ne pouvais être consolée des drames de ma vie qu’en jouant des musiques déchirantes jusqu’à plus soif (ou jusqu’à ce que ma mère me supplie d’arrêter). C’était si romanesque, romantique, de me draper ainsi dans mon malheur. Et curieusement, cela créait une catharsis après laquelle je me sentais bien mieux. J’ai pour projet de me racheter un piano et de m’y remettre sérieusement. Mais je sais que ce n’est pas possible tout de suite, et bien que je sois patiente, il y a certains jours où les doigts me brûlent…

Un blabla sans queue ni tête provoqué par quelques notes… Vous excuserez le côté décousu de ce billet !

Sinon j’ai pris mes quartiers d’hiver sur l’autre blog en décembre pour publier des billets dans une ambiance plus festive, remplie d’esprit de Noël (ou de Christmas spirit!). Je serai donc plus rarement par ici…

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6 réflexions sur “To crave (v.) = désirer ardemment

  1. Oh la la comme je te comprends, jouer du piano c’était un rêve de gosse pour moi, cet instrument me fascine. J’en ai enfin un à moi et je ne pourrais plus m’en passer.

  2. Ce n’est pas du blabla, ce sont de très belles impressions et réflexions ! Concernant l’anglais, je te comprends totalement ; je pense souvent à l’expression « this is where I belong », qui n’a pas d’équivalent exact et qui me vient pourtant souvent à l’esprit… 🙂 Et puis le piano… Je ne sais pas en jouer mais Totoro a un synthé dans le salon et en joue régulièrement ; j’adore! D’ailleurs, jolie coïncidence, en ce moment on écoute beaucoup Tiersen 🙂 Bon dimanche Touloulou !

  3. Un bel hommage à ton piano !
    Je te comprends tout à fait.
    Moi j’ai commencé le piano en 2005 et depuis il fait parti de ma vie. Certes il y a des moments où l’on joue moins que d’autres mais j’ai remarqué que lorsque je suis triste j’ai un besoin ardent de jouer un truc triste sur mon fidèle compagnon ^_^
    Je e souhaite de pouvoir bientôt réaliser ton rêve et de pouvoir t’y remettre.
    Bisous ma belle

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